| ÉCLAIRAGE INTIME d'Ivan PASSER
|  | | SYNOPSIS | Petr et Bambas sont d’anciens camarades de conservatoire. Petr, aujourd’hui soliste violoncelliste à Prague, vient donner un concert dans la ville de province où Bambas, directeur d’une école de musique, l’a invité pour compléter l’orchestre local. Petr est accompagné de sa jeune amie. Bambas les accueille dans sa maison, où il vit avec sa femme, ses enfants et… ses beaux-parents.
| | POINT DE VUE | La courbe de la carrière d'Ivan Passer a commencé par épouser exactement celle de son collègue et ami Milos Forman : participation à l'écriture de trois films de ce dernier (Concours, Les amours d'une blonde et Au feu les pompiers!), passage à la réalisation en s'appuyant sur une méthode de tournage proche (acteurs non-professionnels, travail basé sur l'improvisation), premier rôle féminin confié à Madame Forman (Vera Kresadlova), excellent accueil critique international avant l'exil et la poursuite des activités aux États-Unis. À partir de là, les chemins divergent brusquement car lorsque Forman s'impose dans les années 70 grâce à des films grinçants et spectaculaires, Passer doit batailler ferme pour glisser sa sensibilité dans des oeuvres plus normalisées. De l'ensemble de sa filmographie, seuls Né pour vaincre (Born to win, 1971) et La blessure (Cutter's way, 1981) confirmeront réellement les promesses d'Éclairage intime. De fait, le nom de Passer reste aujourd'hui relégué dans l'ombre alors que nombre de critiques en faisaient, à la fin des années 60, l'auteur le plus important du nouveau cinéma tchèque.
Cette place accordée alors au cinéaste, sur la foi d'un seul long-métrage (et du court Un fade après-midi, 1964), peut étonner. L'une des explications possibles à cet engouement tiendrait du phénomène de génération. Tout cinéphile, particulièrement dans ses jeunes années, connaît un jour ce sentiment d'être soudain en phase avec une oeuvre, la révélation se mêlant à la reconnaissance (la découverte peut avoir concerné Monte Hellman, Leos Carax, Jim Jarmusch, Hal Hartley, Sofia Coppola... chacun, selon son âge et son goût, ajoutera les noms qu'il voudra). Sur ces films qui nous sont chers, le temps ne nous semble plus avoir de prise, mais les publics nous succédant peuvent parfois n'y trouver qu'un certain charme.
Souvent, ces oeuvres sont fragiles, ne déroulant qu'un fil narratif ténu. Éclairage intime est avant tout une chronique, dans laquelle l'attention aux petits riens du quotidien est plus importante que la progression du récit. Aucun clou dramatique ne vient ponctuer cette histoire de soliste se retrouvant chez un ancien ami, à l'occasion d'un concert dont nous ne verrons finalement rien. L'arrivée d'un couple de jeunes citadins à la campagne : la mise en place de toute une série d'oppositions pouvait provoquer des étincelles scénaristiques, voire l'établissement d'une hiérarchie des valeurs. Pourtant, Ivan Passer se garde de toute critique et de tout jugement moral, ses vignettes, qu'elles soient centrées sur les figures locales ou sur son dandy praguois de héros, croquent avec amusement et tendresse. Nous sommes au coeur d'un cinéma du détour et de l'observation qui trouve sa meilleure expression dans la longue séquence de l'enterrement, avec ses à-côtés incongrus et calmes. L'humour est constant mais le rire jamais négatif. La vie irrigue subtilement les plans : il n'est pas rare que le cadre se décentre brièvement, attiré par une action secondaire, qu'un arrière-plan s'entrouvre sur une activité ludique insoupçonnée. La lumière naturelle et chaleureuse ainsi que le rythme, qui est celui de la marche, participent de notre attachement aux personnages.
Les comédiens sont des amateurs mais des vrais musiciens. Démarrant sur une répétition d'orchestre, l'oeuvre est toute entière dédiée à la musique. Dans le salon de Bambas, un quatuor s'exercera ou tentera de le faire, régulièrement et comiquement perturbé par les interventions extérieures ou les remarques incessantes de deux de ses membres. Cependant, même ces pauses forcées et ces échanges relativement vifs recouvrant la musique se coulent dans le mouvement. Tout dans Éclairage intime finit par devenir musical : un grincement de portail, un chant d'oiseau, un klaxon, des ronflements. La lumière elle-même, comme elle pénètre dans le salon, aide à trouver cette harmonie générale.
Le prolongement logique de l'allégresse musicale est la danse. Un bal succède à l'enterrement mais les mouvements dansés se retrouvent en plusieurs endroits et en des moments moins attendus. La grand-mère se lance ainsi dans quelques exercices physiques et trois silhouettes féminines se mettent à avancer en rythme dans le couloir, semblant caler parfaitement leur démarche légère sur la partition entendue. Toujours attaché à extraire la poésie du réel, Passer maintient le lien avec la réalité : la grand-mère évoquait sa vie passée dans un cirque et les trois femmes marchaient précautionneusement vers la chambre des enfants endormis.
Il est une dernière danse, dans un mouvement plus pathétique, celui de Petr et de Bambas, lorsque leurs silhouettes se découpent dans la nuit sous les phares des voitures. C'est que l'arrivée de Petr a provoqué quelques interrogations existentielles chez Bambas : est-il coincé par sa petite vie de famille, est-il étouffé par sa femme, ses enfants, ses beaux-parents, ne vaut-il pas mieux que ces concerts provinciaux, ces fêtes de village, ne devrait-il pas partir à l'aventure en compagnie de son ami ? Cette inertie est gentiment moquée dans une dernière séquence étonnante qui fige les personnages. Mais là non plus, Passer n'inflige pas de leçon. Le bonheur peut aussi bien naître d'une accommodation face à sa "petite vie". En traitant cette problématique de manière biaisée, en passant par une longue soirée d'éthylisme, la dernière partie de ce film très court voit s'opérer une certaine dilution, une sorte d'arythmie sans doute provoquée par la difficulté, sans cesse mise à jour, de faire partager au spectateur de cinéma un état d'hébriété.
Ce relatif affaissement narratif, au moment où s'imposent le plus nettement les enjeux moraux du film, constitue la principale limite d'Éclairage intime. Il ne faut toutefois pas s'y arrêter et goûter à son charme afin de profiter de cette nouvelle occasion qui nous est offerte de plonger dans une période féconde de l'histoire du cinéma, probablement celle où de jeunes réalisateurs ont représentés avec le plus de gourmandise et de tendresse leurs contemporains. |   
| | FICHE TECHNIQUE | - LE FILM
 Réalisation: Ivan Passer Scénario: Jaroslav Papousek, Ivan Passer & Vaclav Sasek Caméra: Miroslav Ondrisek & Josef Strecha Son: Adolf Böhm Montage: Jirina Lukesova Musique: Josef Hart & Oldrich Korte Production: Ceskoslovensky Statni Film Avec: Zdenek Bezusek (Petr), Karel Blazek (Bambas), Vera Kresadlova (Stepa), Miroslav Cvrk, Dagmar Redinova, Jaroslava Stedra, Karel Uhlik, Vlastimila Vlkova, Jan Vostrcil
| | BONUS | 
| LE DVD
| NOUVEAU MASTER RESTAURÉ DVD 9 - PAL - Zone 2 - noir et blanc Image & son: Format: 1.33 Ecran: 4/3 Langue(s): VO tchèque Sous-titres: français
| | BIO / FILMO DE IVAN PASSER | B I O G R A P H I E (sources : Bifi)
Né le 10 juillet 1933 à Prague (Tchécoslovaquie)
FormationEntré à la Faculté des hautes études cinématographiques (FAMU) en 1955, Ivan Passer en est expulsé en 1957. Décidé à poursuivre sa formation, il devient Entré à la Faculté des hautes études cinématographiques (FAMU) en 1955, Ivan Passer en est expulsé en 1957. Décidé à poursuivre sa formation, il devient assistant réalisateur des cinéastes Ladislav Helge (Velka samota, 1959) et Zbynek Brynych (Smyk, 1960). Au début des années 1960, il retrouve son ami Milos Forman et cosigne plusieurs scénarios de ses films (L'As de pique, 1963 ; Les Amours d'une blonde, 1965). Carrière au cinémaIvan Passer débute dans la réalisation avec Un fade après-midi (1965), sketch adapté de l'oeuvre de Bohumil Hrabal. Avec Eclairage intime (id.), il initie un travail sur le thème du temps qui passe, un sujet récurrent dans sa filmographie. Salué par la critique internationale, le cinéaste gagne les Etats-Unis en 1968, où il s'illustre avec Né pour vaincre (1971), film sombre sur l'univers de la drogue, puis La Loi et la pagaille (1974), qui fustige les brigades d'autodéfense. Après deux films de commande, Le Désir et la corruption (1975) et Silver bears (1976), il réalise La Blessure (1980), un drame policier en forme de peinture des moeurs californiennes. Avec Haunted summer (1988), le réalisateur crée la rencontre imaginaire des poètes Byron et Shelley, en 1816. Il reste très actif dans les années 1990 (Pretty Hattie's Baby, 1990 ; The Wishing tree, 1999). Autres activitésPour la télévision américaine, Ivan Passer réalise le documentaire Stalin (1992) et Kidnapped (1995).
F I L M O G R A P H I E Nomad (2005) Picnic (2000) (TV) The Wishing Tree (L'arbre à souhaits) (1999) Kidnapped (1995) (TV) Stalin (1992) (TV) Fourth Story (Usurpation d'identité) (1991) (TV) Pretty Hattie's Baby (1991) Haunted Summer (1988) Creator (1985) Cutter's Way (La blessure) (1981) Silver Bears (Banco à Las Vegas) (1978) Ace Up My Sleeve (Le désir et la corruption) (1976) Law and Disorder (La loi et la pagaille) (1974) Born to Win (Né pour vaincre) (1971) Intimni osvetleni (Éclairage intime) (1965) Fadni odpoledne (Un fade après-midi) (1964) (cm)
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