| BRONSON de Nicolas Winding Refn
- Biopic
- Royaume-Uni - 2008
- 92 mn
- Sortie à la vente le 2 décembre 2009
- Wild Side Video
|  | | SYNOPSIS | | À 19 ans, le britannique Michael Peterson est condamné à sept ans de prison pour vol à main armée. Il a braqué un bureau de poste avec un fusil à canon scié qu'il a lui-même bricolé. Son butin se monte à 26,18 £. En prison, sa violence répétée contre gardiens et co-détenus va en faire le prisonnier le plus dangereux et le plus médiatique d'Angleterre. Lors d'une de ses rares périodes de liberté, il a adopté Bronson comme nom de guerre. A ce jour, il a passé 35 années en prison dont 31 en isolement cellulaire. | | POINT DE VUE | Retraçant l'histoire du "prisonnier le plus dangereux d'Angleterre", "ce film est basé sur des événements réels". Bien avant le terme des quatre-vingt dix minutes, on se dit pourtant que non seulement Nicolas Winding Refn a pris un malin plaisir à bousculer les règles du biopic traditionnel, mais qu'il a surtout réussi à éviscérer le genre, à le vider littéralement de sa morale, de son idéologie, de ses visées édifiantes. Le cinéaste danois n'est bien évidemment pas le premier à jouer au déconstructeur de biographie. En revanche, l'ironie féroce avec laquelle il recouvre le passage obligé des souvenirs d'enfance et d'adolescence démontre bien le peu de cas qu'il fait de la recherche d'un éclairage psychologique sur son héros. De plus, le véritable Michael Peterson, alias Bronson, est devenu une personnalité reconnue exposant ses œuvres dans les musées internationaux. Or, la dernière partie du film substitue à la découverte salvatrice et apaisante de l'art plastique un happening violent et absurde.
Pas d'étude psychologique donc, mais une approche kaléidoscopique d'un personnage en constante représentation. Ce Bronson-là, en nous relatant ses exploits, ne cesse de se mettre en scène et de se (la) raconter. Il mène le récit sur le ton de la confidence en témoignant sur un fond noir ou sur celui, échevelé, du showman virtuose sur une scène de théâtre imaginaire. L'illustration de sa première incarcération dans laquelle nous le voyons pleurer est aussitôt raccordée avec un éclat de rire tonitruant et une vigoureuse apostrophe : "Vous y avez cru, hein ?". Nous sommes bien dans un espace mental, là où aucun récit n'a plus de réalité qu'un autre.
L'acteur Tom Hardy se plonge corps et âme dans son rôle et semble changer constamment de visage, par les masques qu'il arbore (maquillage du maître de cérémonie, corps nu du prisonnier enduit de graisse ou de peinture, lunettes de soleil de l'artiste), par sa capacité stupéfiante à passer en un clin d'œil d'une expression à une autre, par la création de postures très différentes (lourde démarche en canard à l'extérieur, explosivité incontrôlable en prison, fluidité gestuelle sur scène...), par la diversité des jeux de lumière et des cadrages qu'impose le metteur en scène. Bronson est insaisissable, se soustrayant à notre emprise comme à celle des matons venant de temps à autre le tabasser. Bien plus instinctif qu'intelligent, lorsqu'il réalise une prise d'otage, il ne parvient à formuler aucune revendication, ne sachant que faire ou qui devenir sinon le prisonnier le plus célèbre du pays. Tout flamboyant qu'il est, il ne peut que tourner en rond dans sa prison.
Ne cherchons pas dans Bronson le moindre message, le monde carcéral étant essentiellement décrit sous le mode du trip hallucinatoire. On peut y voir une limite du film, mais aussi profiter pleinement d'un show brillantissime évacuant avec panache toute question morale. Ceux qui ont déjà fréquenté le cinéma de Nicolas Winding Refn à l'occasion de son épatante trilogie des Pusher (1996, 2004 et 2005) savent que celui-ci est capable de donner d'impressionnants coups à l'estomac du spectateur. Malgré son sujet, Bronson n'est toutefois ni scandaleux ni spécialement dérangeant, bâti qu'il est sur de multiples ruptures de tons et de rythme - Winding Refn, et c'est l'une des ses forces, ayant la capacité de rendre certains moments de calme plus inquiétants et plus déséquilibrés qu'un déchaînement de violence.
L'ultra-violence est passée à la moulinette de la distanciation par l'impact visuel d'une mise en scène hyper-expressive et par l'assemblage, pour la bande-son, d'un mélange musical jouissif allant de la pop synthétique des Pet Shop Boys et de New Order aux partitions de Wagner et de Verdi. Par cet exercice de jonglage sonore, par l'omniprésence de la voix-off, par l'alternance entre des plans courts et d'autres beaucoup plus longs, par l'usage régulier de travellings si majestueux qu'ils en deviennent ironiques quant à la sublimation qu'ils donnent à voir, Bronson ne se cache pas longtemps d'être un hommage à Orange mécanique (l'image a été confiée à Larry Smith, responsable de celle d'Eyes wide shut). Michael Peterson se rêvait en Charles Bronson et Nicolas Winding Refn l'a filmé comme Kubrick. C'est encore mieux, non ?
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| | FICHE TECHNIQUE | - LE FILM
 Réalisation: Nicolas Winding Refn Scénario: Brock Norman Brock et Nicolas Winding Refn Image: Larry Smith Son: Tim Barker Montage: Matthew Newman Musique: Lol Hammond Production: Sean Faughnan, Daniel Hansford, Jane Hooks et Rupert Preston Avec: Tom Hardy (Michael Peterson / Charles Bronson), Matt King (Paul Daniels), Kelly Adams (Irene), Amanda Burton (la mère), James Lance (le professeur), Hugh Ross (Oncle Jack) | | BONUS |  NOTRE AVIS : Des bonus proposés, plutôt que la rencontre avec Tom Hardy, qui s'apesantit sur sa relation avec le véritable Bronson, nous retenons les propos tenu par le cinéaste au cours de l'entretien qui lui est consacré. L'homme apparaît très lucide sur son propre cinéma, jusque dans l'analyse de ses échecs. Bronson est pour lui un film de transition qu'il s'est approprié au fur et à mesure du tournage pour en faire une œuvre finalement très personnelle, voire autobiographique sur certains points. Lui qui vit le cinéma comme un exutoire a pu expérimenter un style et une narration inhabituels, tout en se libérant provisoirement de la pression pesant sur lui et son projet pharaonique de film de vikings, Valhalla rising, sur lequel il semble avoir tout misé. ES
* Entretien avec Nicolas Winding Refn (27 mn)  * Entretien avec Tom Hardy (20 mn)  * Les monologues du véritable Charlie Bronson (18 mn) * Introduction au film par le réalisateur * Commentaire audio du réalisateur * Bande-annonce de Valhalla Rising | LE DVD
| DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs Image & son: Format: 1.85 respecté Ecran: 16/9 compatible 4/3 Langue(s): VO anglaise et française en DTS 5.1 et Dolby Digital 2.0 Sous-titres: français
| | À PROPOS DE CHARLES BRONSON | De son vrai nom Michael Peterson, Charles Bronson est né en 1952.En 1987, l’organisateur de ses combats lui donne son nouveau patronyme : Charles Bronson. Originaire d’Aberystwyth, à l’ouest du Pays de Galles, il s’installe ensuite à Merseyside, puis à Luton, que l’on considère souvent comme sa ville natale. Il a aujourd’hui 56 ans.
En 1974, alors âgé de 19 ans, il est condamné à 7 ans de prison pour un vol à main armée qui tourne court – vol au cours duquel personne n’est blessé. Il a passé 34 années en prison, dont 30 en isolement cellulaire. Il a été libéré le 30 octobre 1988 et a connu 68 jours de liberté. Incarcéré, puis de nouveau libéré le 9 novembre 1992, il connaît 53 autres jours de liberté.
Depuis 1999, il n’a plus le droit de se mêler aux autres prisonniers (il est incarcéré avec 5 autres détenus à la prison royale HMP Hull).
En 2000, il est condamné à la réclusion à perpétuité et écope notamment de trois années d’emprisonnement pour avoir pris un enseignant en otage pendant 44 heures – même si l’enseignant en question n’a pas été blessé. Il a été l’objet de violences physiques et psychologiques tout au long de ses années de détention.
Depuis sept ans, il n’a plus de comportement violent. Il a été diagnostiqué sain d’esprit. Bronson s’impose un entraînement physique intensif et effectue quelques 2500 pompes par jour.
En 2002, il publie Solitary Fitness, qui décrit son entraînement physique individuel dans des conditions difficiles et dans un espace extrêmement confi né.
Il se consacre à l’art – devenu sa vie – depuis dix ans. Ses oeuvres sont uniques en leur genre et ont été exposées dans le monde entier. Il a remporté 11 Koestler Awards pour ses poèmes et ses créations artistiques. Il a publié 11 ouvrages.
Bronson est toujours prisonnier de «catégorie A» et incarcéré en isolement cellulaire au Quartier de Haute Sécurité de la prison de Wakefield. | NOTES DE PRODUCTION
| « C’est grâce au producteur Rupert Preston, qui a distribué tous mes précédents films, que je me suis intéressé à Bronson. Il m’a donné le scénario, en pensant que j’aurais peut-être envie de le mettre en scène. Mais, honnêtement, j’ai un peu hésité parce que j’avais déjà réalisé plusieurs longs-métrages sur des personnages violents, et en particulier des hommes. Après avoir lu le scénario, et en avoir discuté avec Rupert et le producteur exécutif Allan Niblo, on s’est dit qu’on pouvait donner au film une ampleur inattendue. Au fur et à mesure de nos discussions, j’ai commencé à trouver ce projet de plus en plus exaltant et, par chance, j’ai réussi à me libérer pour le tournage car, à l’époque, je travaillais sur un autre film (Valhalla Rising – le guerrier silencieux – Sortie prévue en 2010).
Comme je ne suis pas anglais, et que je n’ai pas vécu en Grande-Bretagne, je n’avais jamais entendu parler de Charles Bronson et, du coup, ma toute première réaction a été de me demander ce qui m’intriguait chez cet homme. Je me suis mis à lire ses livres en essayant de comprendre la face cachée de sa personnalité qui me fascinait. C’est alors que j’ai commencé à réécrire le scénario, en me disant que cet homme était plus profond qu’il n’y paraissait au premier coup d’oeil.
J’ai décidé de consacrer le film au "personnage" de Charles Bronson, plutôt qu’à Michael Peterson, son vrai nom. Personnellement, je ne suis pas en mesure de le juger puisque je n’avais aucune idée préconçue à son sujet, et que je ne savais rien de ses exploits qui ont fait la Une des magazines. À partir de là, le thème du film est devenu le changement d’identité…
En outre, contrairement à la plupart des films de prison qui traitent de l’évasion, j’ai trouvé intéressant d’explorer ce monde étrange qu’est l’univers carcéral en montrant qu’il pousse certains détenus à rester délibérément en prison ou que ces derniers tentent de se battre contre le système tout en étant soumis à une organisation extrêmement autoritaire.
C’est sa soif inextinguible de notoriété qui a conduit Bronson à rester en prison pendant si longtemps. C’est cette facette-là de sa personnalité qui m’a intéressé dans le film.
Au début des préparatifs, on a envisagé de rencontrer Charles Bronson, mais comme je ne suis pas anglais, le ministère de l’Intérieur ne nous a pas accordé l’autorisation. Malgré tout, j’ai ensuite reçu une lettre très cordiale de la part de Bronson et j’ai donc eu la possibilité de lui parler au téléphone pendant une vingtaine de minutes. Je lui ai demandé s’il accepterait d’écrire un bout de dialogue qu’on pourrait intégrer dans le scénario et utiliser en voix-off, et il a accepté : le texte qu’il m’a envoyé était excellent. Dans l’ensemble, la collaboration avec Bronson a été formidable.
Je tourne dans l'ordre chronologique, ce qui déstabilise certains comédiens, mais Tom Hardy, qui interprète le rôle-titre, a très bien joué le jeu et le film en a bénéficié.
En général, je me refuse à commenter moi-même mes films parce que je n'ai jamais grand-chose à en dire, et je trouve qu'il est préférable d'écouter les autres. Avec Bronson, ce qui a suscité ma curiosité, c'est que j'étais conscient que le film parlait de deux sujets : d'abord, l'obsession des jeunes pour la notoriété et la question de savoir ce qu'on fait de cette notoriété une fois qu'on l'a acquise.
Ensuite, je trouvais qu'il y avait quelque chose de vraiment fascinant dans le fait de considérer Charles Bronson comme un peintre face à sa toile.
Je crois que cette dimension-là est le vrai sujet du film. Mais je ne l'ai découvert qu'au milieu du tournage, au moment où cette image s'est imposée à moi. J'étais alors en pleine réécriture de la fin du film afin de comprendre ce qui me fascinait chez le personnage. Charles est l'incarnation de la métaphore du peintre à la recherche de sa toile : un artiste tente de nombreuses expériences, a un comportement imprévisible, violent, fou et même destructeur, avant de trouver ses marques.
Cela m'a sauté aux yeux lorsque nous avons tourné la scène finale, et je me suis demandé pourquoi il faisait ce qu'il faisait, et j'étais incapable de répondre à cette question. Alors, je me suis dit qu'il voulait quelque chose, qu'il voulait de la musique, qu'il a des émotions auxquelles il souhaite donner forme, et qu'il lui faut une toile pour y parvenir. Bronson est avant tout un artiste dont je venais d’achever le portrait. »
| | FILMOGRAPHIE DE NICOLAS WINDING REFN | 1996 : Pusher 1999 : Bleeder 2003 : Inside Job (Fear X) 2004 : Pusher II 2005 : Pusher III 2008 : Bronson 2009 : Valhalla Rising
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