Accueil top 10
Imprimer Envoyer

32ème FESTIVAL DU COURT-MÉTRAGE
CLERMONT-FERRAND
29 janvier > 6 février 2010


http://www.arkepix.com/kinok/images/CRITIQUES_DE_FILM/ENGEL_Morris/PetitFugitif/fugitif_aff.jpg

Mon séjour à l'édition 2010 du festival du court métrage de Clermont-Ferrand a malencontreusement été écourté et il faisait un froid de canard. J'ai malgré tout pu voir une douzaine de programmes, tant de la compétition française que de la compétition internationale avec un petit morceau de labo (les films censément expérimentaux) et un programme de la rétrospective thématique consacrée cette année aux zombies. Avant de vous faire partager mes découvertes, je dois lancer un appel, solennel comme il se doit. Il faut faire quelque chose pour procurer aux réalisateurs des pieds de caméra. Il n'est pas possible de les laisser continuer ainsi à nous donner des plans qui tremblent et qui hésitent. Soit les opérateurs boivent trop de bière (j'en doute), soit il s'agit d'un manque de moyens en matière de pieds et nous nous devons d'agir, soit il s'agit d'un choix artistique. Dans cette dernière hypothèse, il me semble nécessaire de rappeler que, lorsque l'on filme par exemple une jolie femme en train de dire quelque chose de touchant, il est bon, voire indispensable, que rien n'interfère avec la beauté du visage (si possible dans une lumière intéressante), avec la profondeur du regard, afin que le spectateur puisse pénétrer l'âme du personnage et se laisser porter par l'émotion du moment. Or tourner autour du dit visage, faire des effets de mise au point, trembler l'image, recadrer durant le plan, ça perturbe. Surtout si c'est un mouvement mal affirmé, vraisemblablement pas pensé. Ça énerve même parce que c'est une façon de rappeler l'existence de la caméra et de l'équipe qui est autour. Et la plus belle des mises en scène, c'est celle qui sait se faire oublier. Il y a plein de bonnes raisons de faire bouger la caméra, pas besoin d'en chercher de mauvaises.

Prenons, au hasard, Montparnasse de Mikhael Hers que je voyais pour la troisième fois. Hers a de très beaux travellings arrière quand il suit ses personnages déambulant dans les rues de Paris. Mais quand il filme Thibault Vinçon et Didier Sandre au restaurant ou Thimothée Régnier et Sandrine Blancke sur la terrasse, il se pose et nous laisse les regarder. C'est pourquoi son film, bâtit sur des choses très ténues, a un tel pouvoir de fascination. A condition évidemment que l'on ait une projection correcte, or le son était dégueulasse. Je me permets la phrase précédente parce que j'ai vu le film lors d'une projection dans un grand cinéma commercial de Clermont Ferrand (et non à la Maison de la Culture ou dans un amphi), et qu'ils étaient sans doute trop occupés à distribuer les lunettes en 3D pour vérifier la qualité de leur travail. Et oui, ça m'a beaucoup énervé.

 


compétition nationale
Côté français, j'en ai certainement manqué pas mal, mais je n'ai pas eu de grande révélation, Montparnasse
étant une confirmation. Pas mal de films dans l'air du temps, parlant d'immigration et de sans papiers, de prison et de banlieue. Plusieurs films façon comédie musicale avec le syndrome Jacques Demy. Plusieurs films avec le style Canal identifiable. Plusieurs films avec le style, plus éclectique, ARTE identifiable. Pas mal de films qui ne reposent que sur une idée mais qui peinent à se terminer quand ils ne finissent pas en queue de hareng.
Par exemple, grosse déception pour Le genou blessé et l'homme debout de Yann Chayia dans la série Canal Écrire pour... ici Christophe Miossec. J'aime beaucoup le chanteur et je crois qu'il a un charisme certain, mais le film ne tient pas debout. Un adolescent se réveille et découvre sa mère inanimée (à priori morte) dans le lit d'à côté. Il appelle le SAMU ? Non, il file à vélo par les routes normandes jusqu'à retrouver son père qu'il n'a pas vu depuis perpète. Crédible, non ? Le film est une enfilade de clichés comme une caricature de l'univers du chanteur. Dans un autre registre, Mission Socrate est une pochade signée Jackie Berroyer et Bertrand Lenclos, amusante aventure de trois savants qui remontent le temps pour détourner Socrate de la philosophie, source selon eux, de tous les malheurs du monde. C'est en noir et blanc pour faire cinéma, mais ça n'a rien d'un film. Enterrez nos chiens est un moyen métrage de Frédéric Serve assez curieux mais lassant sur la durée. L'histoire, intrigante, est racontée en voix off par Marc Barbé et Denis Lavant. En sortant, une amie m'a dit : « On dirait un audio book ». Drôle de façon de faire du cinéma. Mais tout cela n'est rien en comparaison de Les fugitives de Guillaume Leiter, épouvantable compilation de tout ce qu'il ne faut pas faire : érotisme de bazar, sérieux de pape, exotisme napolitain, musique au synthé façon années 80, et prétention du propos pour enrober le tout. A la fin, on lit dans le générique que c'est adapté de Bataille. Il faut le voir pour le croire.

Curieusement, dans le même programme, un autre film avec les mêmes éléments de départ donnait un résultat complètement opposé. Dans Donde esta Kim Basinger ? d'Édouard Deluc, deux hommes, deux frères, partent dans un pays étranger. L'un d'eux cherche à oublier une séparation. D'ailleurs comme l'une des héroïnes de l'autre film, il saute par la fenêtre. Bon, là, il dit que c'est le vent et puis il se rate. L'autre non. Bref, les deux gars se lancent dans une virée à visée sexuelle qui se termine de façon étonnante. Le film est en noir et blanc, photographie signée Leandro « Negro » Filloy, mais c'est une esthétique qui renvoie ici aux premiers films de la Nouvelle Vague. Une certaine façon d'inscrire les personnages dans un décor urbain que l'on rend excitant comme celui d'un film noir. C'est pourtant bien une comédie mise en scène avec rigueur, ce qui est indispensable au genre, au rythme impeccable et portée par deux acteurs épatants : Philippe Rebot et Yvon Martin.

Un peu dans le même genre mais en couleurs et un peu plus prévisible dans ses péripéties, Annie de Francia de Christophe Le Masne, est un road movie qui voit une femme et ses deux filles se rendre en Espagne pour un mariage. La mère, Annie, fille d'un républicain exilé en France en 1939 a perdu le contact avec la famille restée au pays. Elle retrouve ainsi ses racines et tente de les transmettre à ses filles. Les trois femmes croisent sur leur route plusieurs incarnation des stéréotypes hispaniques (une procession de pénitents, des beaux bruns moustachus, un chanteur de charme), mais chacun de ces clichés est habilement détourné. Le film est vif et plutôt drôle, le réalisateur arrivant à faire vivre, outre le trio féminin pétillant, une belle galerie de personnages secondaires chaleureux.


La prévention de l'usure signé Gilles Charmant au nom prédestiné, est une comédie musicale, frappé du syndrome Demy précité mais plutôt réussie. Le problème de la comédie musicale est qu'elle demande un travail et une maîtrise technique que les conditions d'un court métrage ne permettent pas toujours. Là, ça fonctionne. Les ballets d'ouvriers d'une usine d'électro ménager vêtus de violet et de vert pomme sont inventifs dans l'exploitation du cadre et bien réglés, la musique s'écoute et les chansons sont drôles sans être niaises. Il y a un gros travail sur le décor et les accessoires qui emporte le morceau question crédibilité et la partie comédie, une simple histoire d'amour perturbée par le désir échangiste de la femme, fonctionne. Un film, oui, charmant.

Curieux projet, Wakefield, d'après une nouvelle de Nathaniel Hawthorne, est une réalisation de Laurent Berin et François Valla portée par la voix off de Michael Lonsdale. Le décalage constant entre le texte du XIXe avec tous les détails de la vie quotidienne et son illustration dans un cadre contemporain construit un humour pince sans rire séduisant. La mise en scène multiplie les trouvailles burlesques pour illustrer l'aventure de cet homme ordinaire qui s'exile volontairement à deux cent mètres de chez lui. Contrairement au film de Frédéric Serve qui travaille une illustration dans le registre la poésie étrange, l'illustration parallèle de Wakefield fait sens.

Pour mémoire, et si vous tombez dessus, Dounouia de Olivier Broudeur et Anthony Quéré est l'histoire d'un jeune malien qui tombe amoureux d'une beurette qui pratique la danse. Ça se passe en banlieue mais le rapport à la danse et la description originale du mode de vie de la famille malienne permettent au film de dépasser les clichés attendus sur un sujet pareil. La conditionnelle enfin, de Bénédicte Mathieu, est séduisant par sa mise en scène qui mêle la tentative de réinsertion d'un homme, ses entretiens avec sa conseillère de probation et les fantasmes que le désir qu'il a de cette femme fait naître en lui, désir qui est aussi rêve d'une vie autre, pus belle, plus douce.


compétition labo
La sélection Labo, depuis quelques années, entreprend d'explorer des formes plus expérimentales dans le court métrage. Les choix opérés restent parfois ambigus. Un film comme Je criais contre la vie. Ou pour elle, animation basée sur d'anciennes gravures par Vergine Keaton sur une création musicale de Vale Poher aurait pu faire partie du Labo alors qu'il ouvre un programme national. Une meute de chiens de chasse traque des cerfs, les paysages se disloquent et se reforment, la nature se convulse, des oiseaux noirs traversent l'espace, les cerfs font volte face. Le film est un poème visuel d'images chorégraphié sur fond de guitares.


Dans le même genre d'idée, Kolo de Natacha Paganelli est un film de danse qui joue sur la multiplication de la danseuse dans un cadre sylvestre fixe et dont la présence surprend entre deux courts métrages narratifs. A l'inverse Olivier Smolders passe en Labo avec un retour sur le musée de la Specola dans Petite anatomie de l'image. Et remporte le grand prix de la sélection. Du programme labo, je retiendrais deux films que je connaissais déjà : Combo de Blu et David Ellis découvert grâce à Joachim de 365 jours ouvrables, et Photographs of Jesus de Laurie Hill découvert au festival Unlimited de Cologne en novembre et que nous avions primé (J'étais dans le jury et je me rends compte que je ne vous ai pas raconté cette expérience. Tant pis). Le second film fait partie d'un concours organisé par le fond Getty Images et imagine une folle sarabande autour des personnages des photographies. James Dean drague une beauté 1900, Hitler se fait piétiner et il y a 12 Neil Armstrong sur la Lune.

 

Superbarocco de Renata Pinheiro est un film brésilien de très belle facture visuelle, l'univers d'un vieil homme entouré des fantômes de sa famille qui habitent sa maison à travers un dispositif de projections. Les interactions sont troublantes et parfois émouvantes comme dans la scène de l'anniversaire. The polish language, enfin, est une animation d'Alice Lyons et Oral McHardy, film irlandais autour de la langue polonaise, un film qui me pose un grave problème parce que je l'ai aimé, j'en garde une impression de virtuosité et de finesse, mais je suis incapable de me souvenir de quoi il était fait. Des mots, des chats, des abeilles, des livres. C'est comme se souvenir avoir fait un excellent repas dans un restaurant mais ne pas se souvenir des plats consommés. Une honte.

Dans le registre de l'animation, Madagascar, carnet de voyage de Bastien Dubois laisse un souvenir du même genre mais nettement plus précis. Le film est également virtuose, utilisant de nombreuses techniques d'animation, notamment une broderie animée superbe, mais son propos est littéral, son programme est tout entier dans son titre. C'est sa limite. Le film est une succession d'impressions organisées autour d'une excursion pour assister à un famadihana ou retournement des morts, cérémonie religieuse où l'on déterre les cadavres pour les porter autour du village. On le feuillette donc comme on le ferait de l'album d'un ami doué et sensible. Mais pour un film, on attend en vain une dimension supplémentaire. Adieu général de Luis Briceno est une œuvre ludique à l'humour acide réalisée avec un téléphone mobile. Trente ans de l'histoire du Chili du coup d'état de 1973 à la mort de Pinochet. Collages, animation minimale, dessins d'enfants et autodérision, c'est une petite perle. Produit par ARTE, vous pourrez le voir le 20 février à 15h55 précises.

D'une toute autre ambition et d'une toute autre inspiration, Lost and found de Philip Hunt est un conte de fée en numérique autour de l'amitié entre un pingouin et un jeune garçon. Le pingouin est paumé et sonne à la porte du garçon qui fera tout pour le ramener au pôle sud. C'est une jolie histoire (ceci dit sans ironie) portée par une très belle qualité d'animation, surtout pour moi qui ne suis pas très sensible au numérique. Le rendu de l'eau est de toute beauté, ce qui me semble important pour un film maritime. La séquence de la tempête est remarquable au niveau de la puissance qui se dégage des vagues gigantesques qui manquent de couler la frêle embarcation des deux amis. La scène est suive d'un joli moment poétique avec l'intervention d'une énorme pieuvre qui se révélera bienveillante. La fluidité des mouvements et leur chorégraphie créent un moment magique. J'ai regretté le commentaire en voix off dit par Jim Broadbent qui insiste un peu trop sur le côté moral du conte. De retour, je l'ai montré à ma fille qui l'a apprécié sans comprendre un mot du commentaire que je n'avais qu'en version originale. Ceci m'a conforté dans mon idée que le film aurait pu s'en passer.


compétition internationale
La sélection internationale est souvent d'un meilleur niveau global que la nationale. Cela tient sans doute au fait qu'il y a moins de films par pays donc une sélection plus serrée. Peut être aussi que la langue atténue certains défauts de jeu ou d'écriture. Joue aussi un effet de dépaysement excitant la curiosité, quand on peut ainsi pénétrer un intérieur russe, une famille israélienne, une placette cubaine, une ferme vietnamienne. Certains films ont une faculté à nous faire ressentir en quelques minutes une atmosphère très vivante, une façon de vivre étrangère et pourtant très familière. J'ai noté que ce sont souvent des films venus de pays qui n'ont pas encore été complètement ravagés par notre jolie civilisation occidentale et dont il subsiste encore quelque chose qui nous est de plus en plus lointain. Cela peut sembler dérisoire, mais dans Tulum
, le film du croate Dalibor Matanic, on voit un groupe de jeunes gens partir pour un barbecue improvisé. Ils embarquent dans un vieux camion. Un couple et un adolescent montent comme ça à l'arrière. Dans une épicerie, ils achètent une caisse de bière, des cigarettes et de l'herbe. Plus tard, dans un parc au bord de l'eau, ils font leur feu. En voyant ce film, cela m'a frappé combien ces actes simples sont devenus si compliqués à faire en France à moins d'habiter dans un coin très reculé. Pensez-y quelques instants. Les barbecue sur la plage, dans ma région, c'est devenu mission : impossible.
 

Au-delà de cet aspect bien trivial, Tulum est un film très sensuel et qui dégage pourtant une profonde mélancolie. La première partie ressemble un peu à du Kusturica. Les femmes sont belles, en robes légères, avec de longs cheveux en bataille. Elles embrassent à peine bouche des hommes virils qui ont des métiers style mécanicien ou chauffeur de poids lourds. Ou soldats. Matanic met en scène l'insouciance, la vitalité, la jeunesse, l'amour, l'été. Dès la première scène, pourtant, quelque chose cloche, quelque chose traité sur le mode de l'humour mais qui se transforme vite en malaise. Une vieille femme vêtue de noir entre dans la chambre où l'héroïne fait l'amour. Elle raconte une tentative de viol sur un mode cocasse. La bande d'amis traverse un paysage de ruines. Vukovar. Plus loin, le film bascule et l'atmosphère avec. Concis, inventif, maîtrisé avec une très belle photographie de Branko Linta, Tulum m'a permis de découvrir la très belle Leona Paraminski et me rend très curieux des prochains films de Dalibor Matanic.

 

Ce que j'ai écrit sur l'atmosphère est particulièrement sensible dans la première scène de Efecto domino du français Gabriel Gauchet. En quelques plans larges qui se resserrent, nous sommes au coeur de ce groupe d'hommes qui jouent aux dominos devant leurs maisons, par une soirée à la Havane. C'est vivant, on sent la fraîcheur qui repousse la chaleur de la journée. Les hommes crient, deux femmes papotent, une adolescente veut partir acheter des baskets rouges. Devant, un grand parc sombre, menaçant. Le film bascule dans l'angoisse quand disparaît l'adolescente. Gauchet a une façon originale de mélanger une intrigue à suspense à des notations documentaires (comme le fonctionnement de l'hôpital où les fonctions collectives de la femme), et quelques touches plus satiriques comme le personnage du policier et la voiture avec son alarme intempestive. Le suspense gagne rapidement en intensité et le film possède une violence sur la fin qui n'est pas sans rappeler celle d'un Scorcese, à peine atténuée par la pointe d'humour noir finale. A noter aussi la belle photographie nocturne et une rigoureuse unité de temps.

 

Les enfants dans les films, dans les courts métrages surtout, c'est assez difficile à manier. Ce que je supporte de moins en moins, ce sont les personnages d'enfants qui servent d'alibi à des obsessions d'adultes. Que ce soit sur un mode léger ou sur un mode tragique, je ne peux m'ôter de l'idée qu'il y a quelque chose de malsain à la façon dont on les manipule. Enfants rejetés, enfants cruels, enfants en proie à toute la misère du monde, enfants s'amusant du vocabulaire sexuel, mais fichez-leur un peu la paix.
Jolie exception avec le film néo-Zélandais de Mark Albiston et Louis Sutherland, The six dollar fifty man, qui attendrira ceux qui se souviennent de Steve Austin, l'homme bionique du feuilleton des années 70. Le petit héros du film, qui se déroule justement en 1970, fait une fixation sur ce personnage héroïque et cherche à agir comme lui. Son physique ingrat et son caractère buté n'empêchent pas qu'il provoque une certaine sympathie de la part d'une jolie camarade de classe, et du spectateur intrigué puis fasciné devant ce drôle de gosse. Albiston et Sutherland savent se tenir à une juste distance de l'enfant, des enfants du film, et les laissent plus s'exprimer par leurs gestes et leurs attitudes que par des dialogues signifiants. Nous sommes dans une évocation de l'enfance, un temps de l'enfance avec ses naïvetés, ses rêves et ses violences, plus que dans l'illustration d'une quelconque morale. Et puis le film sait être subtil que ce soit dans les effets comiques (l'attitude du proviseur) que dans l'expression de la nostalgie.

 

Je ne peux m'empêcher de rapprocher Dor de l'israélien Ofir Raul Graizer de ce long métrage Lebanon qui sort en ce moment (et que je n'ai pas encore vu). Dor est un soldat de Tsahal qui a exécuté un prisonnier palestinien de sang froid. Il est joué par Yoel Noy qui est très joli garçon, je le signale en passant pour mes lectrices favorites. Graizer met en scène son malaise à l'occasion d'une permission dans sa famille, sa difficulté à accepter son geste. Comme Samuel Maoz et Maoz Shmulik enferment leurs personnages dans un tank, Dor se retrouve enfermé dans sa solitude et sa culpabilité, au sein d'une famille d'apparence insouciante, d'un pays qui l'amène à tuer mais ne veut surtout pas qu'il en parle. Du coup, ça lui reste en travers de la gorge et sur le coeur. La mise en scène organise ce mur de silence, d'incompréhension, peut être à l'image des barrières que le pays bâtit autour de lui, finissant par perdre de vue ses propres perspectives, son propre avenir. Le film joue aussi habilement sur les distances. De la guerre à la ville moderne et paisible d'apparence, il n'y a qu'un train à prendre. On peut se rendre à la guerre comme on part au boulot le matin.

Dans cette même idée d'une jeune personne qui se sent étrangère dans son propre milieu, Ecologia de Julia Kozyreva, est plus en douceur mais résonne du même sentiment de déracinement. Natasha Zhukova joue avec sensibilité Masha, une jeune femme qui rentre en Russie après un long séjour aux USA. La scène de son arrivée est d'un humour un peu étrange, Mascha à la descente du train est prise pour une touriste et assaillie par toute sorte de vendeurs locaux. L'un des intérêts du film est de montrer la vie quotidienne dans une banlieue russe, ce qui est encore très russe quand les jeunes sont de plus en plus occidentalisés au sens formatés.  Mais le propos est subtilement nuancé parce que Mascha est toujours attachée à ce quotidien. C'est ce quotidien qui se détache d'elle. C'est sans doute ainsi qu'il faut prendre le titre, écologie au sens de milieu naturel et comment ce milieu naturel disparaît.
 

On the run with Abdul de David Laté, James Newton et Kristian Hove est un documentaire tourné à calais sur un migrant afghan, un jeune garçon appelé Abdul. On pense bien sûr au Welcome de Philippe Lioret. L'intérêt de ce film, c'est surtout la perspective qui interroge l'action des réalisateurs. En filmant Abdul, ils perturbent sa tentative de passage en Angleterre et lui causent de sérieux problèmes. Ils décident alors de s'impliquer tout en continuant de filmer. Jitensha de Dean Yamada est un conte urbain très japonais (cadrages posés, attitudes des personnages, esthétique). Un homme se fait voler son vélo morceau par morceau puis reçoit la liste des endroits où il pourra récupérer les pièces. Son périple l'amènera évidemment à faire des rencontres qui le sortiront de sa solitude. Plaisant. Les bons garçons du belge Antoine Russabach pourrait faire écho à L'initiation de Boris Carré et François-Xavier Drouet. On y retrouve le portait impitoyable de jeunes étudiants d'une école de commerce, ici mis en scène dans une fiction assez sombre avec cet humour grinçant souvent associé au cinéma belge. Tiefensuch de Florian Fessl est un film autrichien à la très belle photographie de David Wagner. La plongée dans l'esprit d'un jeune homme marqué par le deuil sous forme d'un conte fantastique, la réalité d'une partie de pêche qui dérape dans l'onirique à partir d'une légende sur un couple de poissons amoureux. Un poil maniéré mais envoûtant. Notes on the other est un intriguant documentaire de Sergio Oksman autour d'un épisode réel de la vie d'Ernest Hemingway, mis en perspective avec un concours qui a lieu tous les ans à Key West, un concours de sosies du grand écrivain américain. Le film mêle habilement le désir d'être un autre, la soif de célébrité, la fascination pour l'Espagne et le goût de la photographie. Et puis, pour mémoire, Geboren en Getogen de Eelko Ferwerda est un film-gag de trois minutes hilarant sur l'obsession technologique et la croyance que l'on peut maîtriser sa vie comme une fiction bien ordonnée.

Avec cela, il ne vous reste plus qu'à guetter les programmes de courts à la télévision ou dans les festivals près de chez vous.


Vincent Jourdan

 

 

p a l m a r è s

compétition nationale

Grand Prix et Prix Canal+
Dónde está Kim Basinger ? (Edouard Deluc, France/Argentine)

Prix Spécial du Jury
Annie de Francia (Christophe Le Masne)

Prix du public et Prix du Rire

Comme le temps passe (Cathy Verney)

Prix de la meilleure musique originale

Je criais contre la vue. Ou pour elle (Verginie Keaton)

Prix de la meilleure 1ère œuvre de fiction

Le frère (Julien Darras)

Prix Procirep du producteur de court métrage
Madagascar, carnet de voyage (Bastien Dubois, société Sacrebleu Prod)

Prix du meilleur film d'animation francophone SACD

Fard (Luis Briceno, David Alapont)

Prix ADAMI du meilleur comédien

Guillaume Briat pour "Dans le décor" (Olivier Volcovici)

Prix ADAMI de la meilleure comédienne

Mathilde Bisson pour "Sur mon coma bizarre glissent des ventres de cygnes" (Vincent Cardonna)

Prix de la jeunesse

Wakefield (Laurent Bébin, François Valla)

Prix Attention Talent FNAC et Prix Audi
Logorama (collectif H5)

Prix de la presse

Une vie (Emmanuel Bellegarde)

Prix de l'Agence Nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances

Dounouia (Olivier Broudeur, Anthony Quéré)
 

Compétition Internationale
Grand Prix
Blue Sofa (Lara Fremder, Giuseppe Baresi, Pippo Delbono, Italie)

Prix Spécial du Jury

Ella (Hanne Larsen, Norvège)

Prix du Public et Prix du Meilleur film d'animation

Sinna mann (Anikta Killi, Norvège)

Prix de la jeunesse
Efecto Domino (Gabriel Gauchet, Cuba/Allemagne)

Prix Canal+
Glenn Owen Dodds (Frazer Bailey, Australie)

Prix des Médiathèques

I Love Lucy (Colin Kennedy, R-U)

Prix de la presse

On the run with Adbul (Kristian Hove, James Newton, David Lalé, R-U)
 
Compétition Labo
Grand Prix
Petite anatomie de l'image (Olivier Smolders, Belgique)

Prix Spécial du Jury
Marker (Susanna Wallin (R-U)

Prix du Public
Photograph of Jesus (Laurie Hill, R-U)

Prix Canal+

Mrdrchain (Ondrej Svadlena, Rép. Tchèque)

Prix Audi et Prix de la Presse

A Family Portrait (Joseph Pierce, R-U)


 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

groupe facebook

Bannière

nouveautés dvd


themesclub.com cms Joomla template
Copyright © 2007 KINOK, webzine cinéma  -  All Rights Reserved. design by themesclub.com
themesclub logo
"); pageTracker._trackPageview(); } catch(err) {}