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Mardi, 15 Juin 2010 00:00
HI, MOM !

de Brian DE PALMA

  • Film Militant-burlesque
  • USA - 1970
  • 86 minutes
  • Sortie à la vente le 05 Mai 2010
  • Éditions Carlotta

 

SYNOPSIS
Jon Rubin, vétéran de la Guerre du Viêt Nam, est engagé par un producteur de film X afin de filmer ses voisins d'en face dans les moments les plus intimes.
 
POINT DE VUE

L
e titre d’un film est très souvent la première information offerte aux spectateurs. Il se doit d’être accrocheur mais aussi évocateur d’un univers riche et surtout donner envie d’acheter un billet d’entrée. Le titre est donc choisi après une mûre réflexion (voire des études de marché) à l’instar de celui d’une lessive, une voiture ou une crème de beauté… Combien de films changèrent de titre au dernier moment afin de toucher le plus large public -quitte à le tromper sur la marchandise ? Ainsi, Pretty Woman avec Julia Roberts (Gary Marshall-1990) fut tourné sous le titre très austère de $3,000 ou alors Star Wars (George Lucas-1977) aurait dû s’intituler très sobrement Adventures of Luke Starkiller, as taken from the Journal of the Whills, Saga I: The Star Wars avant que les producteurs n’en décidèrent autrement pour l’avenir commercial de ces œuvres… Les titres devenaient plus faciles à retenir, à prononcer devant la caissière du cinéma et évitaient les quiproquos. Hi Mom ! se pose-t-il ces questions ?  Il est surtout un cri désespéré !

Le quatrième et avant dernier long métrage confidentiel de Brian de Palma, avant des succès  comme Carrie, Scarface, Les Incorruptibles ou Mission : Impossible, ne s’encombre pas de ces considérations ! Hi Mom ! (littéralement « Bonjour M’an ! ») n’annonce et n’explique en rien le déluge d’images qui se termine par le héros, Robert De Niro, en vétéran de la guerre du Viêt-Nam venant raconter des atrocités à un journaliste de télévision puis qui crie en guise de plan final, en direction caméra, un « Hi Mom ! ». Entre temps, le héros, Jon Rubin, filmera l’intimité de ses voisins, trouvera un producteur peu scrupuleux de films pornographiques qui financera son projet voyeuriste, tombera amoureux de son « actrice principale », suivra des activistes des droits civiques qui tournent un documentaire de type « cinéma vérité » (« Be Black Baby ») sur un commando afro-américain qui terrorise un public WASP pour lui faire vivre l’expérience d’être noir ! Face aux échecs de ces derniers (ils sont assassinés à l’arme lourde par un bon père de famille), Jon s’éduque à la guérilla urbaine tout en vivant une vie apparemment bourgeoise. Il finit par dynamiter l’immeuble cossu qu’il occupe et redevient vétéran de la guerre du Viêt-Nam ! La logique n’est pas l’ambition première de ce jeune réalisateur… Et comme souvent dans les premières œuvres, le souci principal n’est pas l'absence de discours mais au contraire avoir trop de choses à dire !


Il y a deux façons de voir Hi Mom ! Premièrement, d’un point de vue historique, c’est un documentaire sur l’inconscient de la jeunesse américaine à la fin des années 60. Cette série B indépendante réalisée par un De Palma pas encore trentenaire, était destinée essentiellement à un public d’étudiants grâce au circuit des universités américaines tout comme son Greetings (1968), dont Hi Mom ! est théoriquement une suite. Arrivant juste après la disparition de la censure officielle au cinéma hollywoodien (le sinistre Code Hays) et la mort annoncée des studios qui n’ont pas su s’adapter et attirer un nouveau public, cette œuvre prend plaisir à exprimer tout ce que le cinéma ne s’autorisait pas à faire deux ans plus tôt. D’où cette scène incongrue où Jon achète des préservatifs, teste leurs élasticité avec le pharmacien qui en bon commerçant lui fait ensuite une démonstration de vibromasseur !

La tentation de faire des films X du héros évoque les mœurs libérées de la jeunesse du flower-power. Mais pour ne pas donner l’impression que la jeunesse n’est pas seulement hédoniste, De Palma s’intéresse  particulièrement à l’épisode « Be Black Baby » qui est présenté dans un cadre de télévision en noir et blanc et diffusé sur une chaîne imaginaire : « National Intellectual Tellevision » ! On y joue un « théâtre de la révolte » qui rappelle les combats pour les droits civiques des Black  Panthers. Après avoir attaqué le cinéma « de papa », De Palma se retourne contre la télévision qui était encore moins libérée que le cinéma… D’où ces cadres restreints qui présentent le monde comme vu par le petit bout de la lorgnette… Le film baigne dans cette contre-culture qui accouchera du Nouvel Hollywood quelques années plus tard avec De Palma, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, etc.

Deuxièmement, Hi Mom ! sera difficilement vu -aujourd’hui- pour ce qu’il est intrinsèquement -un film- mais plutôt pour ce qu’il annonce dans la carrière d’un des cinéastes américains les plus influents avec 26 films en 43 ans. Quentin Tarantino ne tarit pas d’éloges sur son très antonionien Blow Out (1981), par exemple. Ainsi, impossible de ne pas déceler en Hi Mom ! une fascination pour le voyeurisme et les nombreuses connections que le film entretient avec le cinéma hitchcockien. L’ouverture où le héros scrute l’immeuble d’en face et découvre derrière chaque fenêtre un destin rend hommage à Fenêtre sur cour (Rear Window-1954- Alfred Hitchcock) qui hantera son cinéma depuis Sœurs de Sang (1973) à Body Double (1984) -sans oublier son Obsession (1976) plus proche de Vertigo (Sueurs froides-1958). A la manière d’Hitchcock qui aimait à « montrer les scènes d’amour comme des scènes de meurtres et les scènes de meurtres comme des scènes d’amour », le cinéma depalmien questionne de façon baroque la violence comme dans Scarface ou Pulsions (Dressed to Kill-1980). La violence cache des sentiments à fleur de peau et une incommunicabilité qui fait mal. Sans oublier une dimension expérimentale que nous connaissons chez lui depuis ses courts  métrages d’école ou bien la dimension politique qui hante encore son dernier opus, Redacted (2007). Hi Mom ! n’est pas très réussi comme film mais devient essentiel comme témoignage sur une époque et une carrière en devenir.

Ce qui rend Hi Mom ! difficile à voir -en dehors d’une trop grande liberté de narration- c'est sa trop grande communion d’esprit avec Jean-Luc Godard et les films de sa période militante. A  commencer par One+One / Sympathy for the Devil (1968) qui suit l’enregistrement de l’hymne des Rolling Stones et en parallèle l’organisation de la lutte armée des Black-Panthers. Deux histoires qui coexistent sans se rencontrer… L’aspect politique ressemble aussi à une pièce de théâtre militante suivie, elle aussi, par une équipe de télévision ! Aussi, il est intéressant de voir et bien comprendre grâce à ce -presque premier film- qui est grevé de défauts, maladresses ou lourdeurs mais aussi  d’audaces formelles que Brian De Palma devait rêver d’être le Jean-Luc Godard américain. Un penseur en images qui rêvait de révolutionner le cinéma américain. Le système ne l'y a point autorisé, mais toute véritable obsession s’impose et revient comme le prouve son Redacted -véritable film indépendant-, qui est sans doute ce qu’aurait pu (ou dû) -aujourd’hui, au vingt unième siècle-  réaliser Jean-Luc Godard ! Mais, il nous faut le préciser, il se voulait un Godard drôle, voire burlesque ce qui le sauve du plagiat servile...  
De Palma nous rappelle que l’Histoire du cinéma  n’est faite que de vols, d’hommages, d’emprunts et donc que le message l’emporte toujours sur le style. Mais celui-ci doit tout de même se reposer sur la mise en scène pour être intelligible ou intelligent.




Nachiketas Wignesan













































FICHE TECHNIQUE
  • LE FILM
     
    Réalisation:
    Brian De Palma

    scénario
    :Charles Hirsch & Brian De Palma

    Image
    : Robert Elfstrom
     
    Montage
    : Paul Hirsch

    Musique
    : Eric Kaz

    Production
    : West End Productions & Charles Hirsch

    Avec
    :
    Robert De Niro (Jon Rubin) & Jennifer Salt (Judy Bishop) & Charles Durning (Charles Durnham) & Gerrit Graham (Gerrit Wood) & Abraham Goren (le pervers au cinéma) & Peter Maloney (le pharmacien) & Paul Bartel (Oncle Tom Wood) & Gerrit Graham (Gerrit Wood)  & Rutanya Alda (femme dans le public de "Be Black Baby") & Paul Hirsch (Avery Gunnz)…
BONUS


NOTRE AVIS :
Les bonus pour Hi Mom ! ont été confiés à des exégètes de l’œuvre de Brian De Palma. Aussi loin de nous d’essayer de critiquer leurs analyses savantes et informées. Cependant il faut remarquer qu’ils sont peut-être victimes des excès de la politique des auteurs qui peuvent parfois glorifier des œuvres mineures de réalisateurs majeurs… 
Ainsi, Percevoir / Décevoir, une analyse de Jean Douchet (22 minutes) ouvre toutes les portes laissées entrebâillées par le réalisateur et par la force des choses, l’auteur en dit soit trop, soit en fait trop dire à ce modeste film. A d’autres moments, il nous est difficile d’apprécier si Hi Mom ! n’est pas simplement l’occasion de faire de faire de la théorie du cinéma avec des sentences du type : « Son cinéma interroge la notion, donc la nature, de l’image. Et il relève que la caméra ne filme pas la vérité mais le mensonge » pour finir par le plutôt sibyllin « Il faut sauver le voir du cinéma contre l’avoir de la télévision et son déferlement d’images publicitaires et de propagande »…

Une préface de Samuel Blumenfeld fort informative prépare à la vision du film. Par contre une postface qui est cachée (il faut faire passer le curseur sur la pipe pour la jouer !) parait assez peu conclusive surtout sur les liens surlignés entre Hi Mom ! et Taxi Driver (1976-Martin Scorsese). L’auteur veut trop y voir une œuvre séminale du Nouvel Hollywood… D’ailleurs cela commence étonnement par cette phrase : « Les liens entre Taxi Driver et Hi Mom ! sont évidents… mais de manière souterraine » !  L’argumentation commence mal...

/ NW


* Percevoir / Décevoir, une analyse de Jean Douchet » (22 minutes)



* Préface (et Postface) de Samuel Blumenfeld (7 minutes)

 

LE DVD
NOUVEAU MASTER RESTAURÉ
DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs

Image & son:
Format: 1.33 respecté
Ecran:
4/3
Langue(s):  VO anglaise et française en
Dolby Digital 2.0 Mono
Sous-titres: français


 

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