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Vendredi, 02 Juillet 2010 00:00
PLEIN SUD

de Sébastien LIFSHITZ

  • Road movie mollasson
  • France - 2009
  • 84 minutes
  • Sortie à la vente le 20 mai 2010
  • Éditions MK2

 

SYNOPSIS
C'est l'été, Sam 27 ans file tout droit vers le sud au volant de sa Ford. Avec lui, un frère et une soeur rencontrés au hasard de la route : Mathieu et Léa. Léa est belle, pulpeuse et archiféminine. Elle aime beaucoup les hommes, Mathieu aussi. Partis pour un long voyage, loin des autoroutes, en direction de l'Espagne, ils vont apprendre à se connaître, s'affronter, s'aimer. Mais Sam a un secret, une ancienne blessure qui l'isole chaque jour un peu plus. Séparé de sa mère depuis l'enfance, ce voyage n'a qu'un seul but : la retrouver...
POINT DE VUE

L
e plein d'ordinaire
(je n'peux pas m'y faire)


Ce que c'est que de se laisser guider par sa passion des belles actrices. Léa Seydoux est très belle. Pour Sébastien Lifshitz, elle est Léa (tiens), enceinte et pas très heureuse de l'être. Son frère, Mathieu, est beau comme James Dean. Tous les deux taillent la route et sont pris en stop par Sam, beau comme un demi-dieu grec, qui descend vers le sud (c'est original) pour y régler une vieille histoire de famille. Mathieu est amoureux de Sam, alors le couple s'incruste. Sam fait plutôt la gueule, mais il garde le couple. A l 'occasion d'une halte, Léa embarque Jérémie qui est beau comme... enfin, c'est un autre beau mec. Le film est le récit de leurs aventures et de ce qui en advint. Ou presque. La voiture de Sam est une américaine, une Ford break des années 70. Elle fait penser à la Chevrolet des compères du Plein de super (1976) d'Alain Cavalier mais la comparaison s'arrête là. Ou bien elle se ferait au détriment du film de Lifschitz.
ee
Une belle scène

Plein sud commence pourtant bien. Sur le générique, Léa Seydoux danse avec conviction dans un champ, en t-shit Albator, sur une musique bien rock, révélant un superbe bikini rouge. Sensuelle, vivante, les cheveux libres, elle essaye de séduire Sam, impassible, tandis que son frère les filme avec une petite camera numérique. Le film est en CinémaScope et la lumière d'été de Claire Mathon pète juste ce qu'il faut. C'est un dispositif, deux niveaux d'images auxquels viennent s'adjoindre des flashbacks, une base de rapports entre les personnages et une culture, celle des années 70. Mais en fait le film ne commence pas si bien. La toute première scène voit Léa passer une échographie, lumière blafarde, jeu tête-à-claque, dialogues aux limites du cliché. Ces deux scènes inaugurales donnent le ton du film et disent ce qui ne va pas fonctionner dans Plein sud. Les données de base ainsi définies, tant scénaristiques qu'artistiques, ne seront pas exploitées. Ainsi la grossesse de Léa ne devient jamais un véritable ressort dramatique. Elle n'est plus évoquée que deux ou trois fois, assez gratuitement. D'ailleurs, Léa n'est pas le personnage principal ni l'enjeu central. C'est rapidement la passion curieuse entre Sam et Mathieu qui prend le relais avant d'être supplantée in fine par l'histoire de Sam et de sa mère. La façon dont Sam largue le trio en rase campagne est symptomatique de la désinvolture des scénaristes envers leurs personnages. Dans le même registre, il y a un pistolet. Pourquoi ? Pourquoi pas ? Il sert plus ou moins, comme fétiche, comme symbole, comme promesse de quelque chose qui n'arrivera pas. A la fin, embarrassé de ce pistolet inutile, Sam le balance dans une rivière. Le pistolet était donc un hareng-rouge.
ee
Ne pas utiliser

Au rayon icônes, c'est la même chose. Lifshitz et ses scénaristes, Stéphane Bouquet et Vincent Poymiro, ont voulu écrire un road movie. Louable intention. Mais le genre, s'il permet les développements les plus hardis, obéit à des règles précises. Ainsi la voiture. A aucun moment le réalisateur ne met sa Ford en scène. Inutile de prendre un modèle vintage pour ne lui donner aucun sens. Nous sommes loin de la Dodge Challenger de Quentin Tarantino ou de la Chevrolet de Monte Hellman. La belle idée du journal vidéo subit le même sort. On imagine sans peine les possibilités de variation des regards et des jeux sur les textures. Mais Lifschitz n'en fait rien ou presque. Les images vidéo ne traduisent pas la personnalité de Mathieu. Il n'y a pas rupture d'avec celles du film en Scope, d'ailleurs, elles conservent le même format à la projection alors que, même en 16/9, il devrait y avoir un écart dans le cadre. Elles permettent juste des plans un peu brouillons qui n'expriment rien.  Mathieu filme on ne sait trop pourquoi, donnant dans les couchers de soleil jolis, les courses sur la plage et autres clichés qui donnent envie de partir en vacances. Les flashbacks sont eux aussi traités avec la même absence de mise en rapport. On passe de l'un à l'autre sans transition, souvent arbitrairement.
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Mise en retrait

Il y a comme une mise en retrait générale de la fiction du film. Rien n'est amené, tout est acquis d'emblée. La passion du frère, la romance entre Léa et Jérémie, et du coup, les conflits sonnent faux. J'ai eu du mal à admettre que ces gens qui s'insultent et se frappent parfois restent ensemble alors que rien ne les y oblige sinon la volonté des scénaristes. Seuls leurs départs sont crédibles et quand Sam largue le trio, tout ce que j'ai pensé, c'est « enfin ! ». A trop vouloir épurer, ne pas vouloir inscrire les gens dans un environnement précis (chose que les road movies américains font très bien), Lifshitz finit par désincarner ses héros et son histoire, par nous en désintéresser et nous perdre en route, largués comme Léa sur le bord de la soute vers le sud.


Vincent Jourdan


























FICHE TECHNIQUE
  • LE FILM

    Réalisation : Sébastien Lifshitz
    Scénario: Sébastien Lifshitz, Stéphane Bouquet, Vincent Poymiro
    Image: Claire Mathon
    Son
    : Yolande Decarsin
    Montage
    : Stéphanie Mahet
    Musique
    : Marie Modiano, Jocelyn Pook, John Parish
    Production
    : Ad Vitam
    Avec
    : Yannick Renier, Léa Seydoux, Nicole Garcia, Théo Frilet, Pierre Perrier, Micheline Presle, Marie Matheron.
BONUS


NOTRE AVIS :
Les modestes bonus de cette édition confortent l'idée d'un film mal maîtrisé. L'entretien avec Sébastien Lifshitz réalisé sur France Culture est clair sur les intentions, mais il mange le morceau en avouant que l'un de ses co-scénaristes voulait amener le film vers "rien". Même si le réalisateur a tenté de faire mieux que rien, sa volonté d'épure (détacher les personnages de repères sociaux, géographiques, etc.) a bel et bien mené le film dans une impasse. Les scènes coupées sont également révélatrices. On imagine Lifshitz multipliant  des petites scènes avec les enfants en se disant qu'il fera le tri plus tard. Celles qui sont coupées ne sont ni meilleures ni pires que celles qui ont été retenues. Mais du coup, aucune n'est vitale pour le film, au sens de pensée profondément dans la construction d'icelui. "Plus de Sud" est une sorte de clip avec la musique et les images du film, anecdotique. / VJ

* Entretien avec le réalisateur (15 min.)


* Scènes coupées (8 min.)



* Plus de Sud (3 min.) et bande annonce

LE DVD
NOUVEAU MASTER RESTAURÉ
DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs

Image & son:
Format: 2.35 respecté
Ecran:
16/9
Langue(s):  Français DTS 5.1 et 2.0

Sous-titres: aucun


 

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