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Dimanche, 18 Juillet 2010 00:00
ENQUÊTE SUR UN CITOYEN AU-DESSUS DE TOUT SOUPCON

d'Elio PETRI

  • Politico-policier
  • Italie - 1970
  • 1h49
  • Sortie à la vente le 02 Juin 2010
  • Éditions Carlotta

 

SYNOPSIS
Un commissaire de police assassine sa maîtresse. Loin d'être soupconné par ses collègues, il sème volontairement des indices pouvant l'impliquer dans l'enquête et le désigner comme le seul coupable...
POINT DE VUE

"Jeu-tue-il..."

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon semble débuter comme un jeu : un homme fait les cents pas dans une rue déserte écrasée par le soleil, au bas d’un immeuble silencieux et scrute une  fenêtre entr’ouverte. Il monte subitement et pénètre dans un appartement. Il prend dans ses bras une femme qui l’accueille avec ces mots : « Tu me tues comment aujourd’hui ? ». Et l’homme de répondre tout aussi laconiquement : « Je te tranche la gorge » ! Le leitmotiv  musical entêtant composé par Ennio Morricone qui accompagne l’action ne permet pas encore de deviner s’il s’agit d’un jeu macabre ou d’une mascarade amoureuse car le ton en est indéfinissable. Les va-et-vient entre la primesautière guimbarde et le sinistre harmonium plongent le spectateur dans le doute. On comprendra bien plus tard -et trop tard- que la musique ne reflète rien d’autre que le conflit intérieur ou la double personnalité du personnage principal interprété par Gian Maria Volontè qui n’aura d’ailleurs jamais de nom. Il n’est personne en particulier, juste « l’inspecteur »… un représentant du pouvoir que le film ne se cache guère d’attaquer directement ! D’ailleurs, la septième  œuvre d’Elio Petri inaugurera le courant des films politiques italiens des années 70 qui suit de peu celui des westerns spaghetti qui étaient tout aussi virulents contre l’état et se voulaient révélateurs du malaise anarchique du pays. D’ailleurs, eux aussi étaient l’œuvre de scénaristes de communistes. L’Ouest sans foi ni loi était déjà l’Italie des années 60. Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon annonce simplement une dénonciation encore plus frontale et sans concession d’un pays qui va encore plus mal.
Au lit, qu’au moment de l’orgasme : l’inspecteur égorge sa partenaire avec une lame de rasoir -comme il le lui avait promis.  Il se relève impavide, s’essuie méticuleusement avec les draps, prend une douche puis revient enveloppé d’un drap blanc auprès de sa victime qui gît sans vie. Empaqueté dans ce suaire immaculé, il n’est bien sûr rien d’autre qu’un fantôme… Une âme en peine qui a besoin d’être libérée, soulagée d’une mission. La loi et la justice sont-elles mortes ? Elio Petri ne fait rien d’autre que montrer la police commettant  impunément un crime gratuit après avoir abusé sexuellement et joué avec sa victime trop consentante -l’Italie ? Il s’agit donc d’un film politique à charge. Il faut donc en accepter sa virulence et l’absence de nuance… Mais aujourd’hui -loin du contexte politique troublé de l’époque- cela reste surtout un film bouleversant sur la perte de contrôle et la chute graduelle vers la folie.

L’inspecteur s’évertue à apposer ses empreintes digitales partout ainsi que d’autres indices incriminants chez la victime. Le jeu continue-t-il ? Il appelle même la police depuis l’appartement pour les avertir du crime mais ne décampe pas pour autant. Mais comme le titre l’indique, le tueur sait bien qu’il est au-dessus de tout soupçon. Il teste sa bonne réputation pendant tout le film en espérant être attrapé mais le système ne fera pas son travail malgré le jeu de pistes qui mène droit à lui. Ce dernier qui cherche à être arrêté et puni le crie haut et fort et notamment lors d’un discours officiel il aura des sentences sans appel comme : « La répression est notre vaccin, la répression est la civilisation »… Il a perdu la raison et tout sens de la réalité mais le plus étonnant est que son auditoire l’applaudit à tout rompre ! Comme si l’Italie entière était devenue folle… Mais comme nous le disions en ouverture, ce n’est pas juste un film politique. Il existe une fascination purement cinématographique à observer ce film sans véritable héros. Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon refuse les plans fixes. La caméra constamment portée fait que même dans les plans apparemment figés, une petite oscillation maintient la tension et l’attention. Conjuguée à la composition hypnotique de Morricone, un malaise naît bientôt et les images les plus simples font mal à regarder. Ainsi, quand le discours précédent arrive, le spectateur ne supporte plus d’avoir été malmené et doit exploser. A l’image des cobayes du traitement Ludovico d’Orange Mécanique (A Clockwork Orange-Stanley Kubrick-1971) ! S’agit-il de tester les limites du spectateur -et de l’Italie ? Mais le vertige décuple quand nous constatons que plus la folie est manifeste, plus la mise en scène devient tranquille et douce. Enfin de vrais plans fixes stables et paisibles qui contrastent cruellement avec les remous mentaux de l’inspecteur.
Le film se clôture par une scène onirique, donc a priori fantasmée… en apparences tout du moins. Petri se permet donc d’y énoncer tout ce que la censure aurait interdit ou que les spectateurs n’auraient pu croire ou accepter. Les supérieurs hiérarchiques et collègues de l’inspecteur viennent trouver l’inspecteur chez lui pour le punir de son crime et lui faire la morale comme s’il n’était qu’un petit garçon qui aurait fait une petite bêtise. On lui demande d’avaler une pleine poignée de sel comme acte de contrition. Il pleure et s’effondre comme un gamin comme le prouvent ses balbutiements, sa tête baissée et son échine courbée qui le rapetisse. Il présente les preuves matérielles de sa culpabilité à la figure du père qui ne veut pas les voir puis les détruit. Il est absous de son crime… et tous se précipitent sur un buffet posé là dans un coin du salon ! L’inspecteur se réveille, et attend ses collègues qui sont sur le point d’arriver. Il les accueille dignement dans le salon : un plan large présente bien son grand appartement comme une scène de théâtre, il appuie sur un bouton et un rideau électrique descend sur les baies vitrées… comme un rideau de théâtre qui dissimulera leurs petits arrangements ! Oui, l’Italie de l’époque est une mauvaise pièce de théâtre mais plus universellement, la vie est une représentation. En guise de morale, Elio Pétri impose un carton signé Franz Kafka : « Quelque impression qu'il nous fasse, il est le serviteur de la loi. Il appartient à la loi et échappe au jugement humain… ». Personne ne peut contrôler et encore moins juger ceux qui nous gouvernent car le pouvoir corrompt même les meilleurs comme le remarquait -par exemple- Elia Kazan dans son Viva Zapata ! en 1952 ? Certes, le peuple ne peut rien y faire mais ce n’est pas pour autant pas une raison de le dire haut et fort. D’ailleurs, le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes 1970 ou l’Oscar du Meilleur Film étranger aux Oscars 1971 contribuèrent à propager le message et autoriser d’autres cinémas de le dire autrement.


Nachiketas Wignesan





























FICHE TECHNIQUE
  • LE FILM

    Grand Prix du Jury au Festival de Cannes 1970 & Oscar du Meilleur Film étranger aux Oscars 1971

    Réalisation
    :  Elio Petri

    Scénario
    :Ugo Pirro et Elio Petri

    Image
    : Luigi Kuveiller

    Montage: Ruggero Mastroianni
    Musique
    : Ennio Morricone

    Production
    : Vera Films

    Avec
    :
    Gian Maria Volontè (L'inspecteur) & Florinda Bolkan (Augusta Terzi) & Gianni Santuccio (Le commissaire) & Salvo Randone (L'ingénieur en hydraulique) & Orazio Orlando (Biglia) & Sergio Tramonti (Pace) & Gianni Santuccio (Le préfet) & Arturo Dominici (Mangani) & Massimo Foschi (Le mari d'Augusta) & Aldo Randine (Le commissaire)
BONUS


NOTRE AVIS :
Dans « Regards croisés sur Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon », est l’occasion de rencontrer la productrice du film ou la femme du réalisateur qui parlent de la genèse du film… L’idée est plutôt d’approcher l’homme, le mari, le créateur et l’artiste parfois.
Dans « La stratégie de la tension », nous assistons à la rencontre entre Fabio Ferzetti -critique cinéma au Messaggero- et Annarita Zambrano -cinéaste. Discusions savantes sur le film dans le contexte des années 70 et son importance dans l’industrie. La plus utile étant un décryptage des références bien lointaines du spectateur d’aujourd’hui.
/ NW


* Regards croisés sur Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (19min)




* La stratégie de la tension ; avec Fabio Ferzetti -critique cinéma au Messaggero- et Annarita Zambrano -cinéaste. (26 min)



LE DVD
NOUVEAU MASTER RESTAURÉ
DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs

Image & son:
Format: 1.33 respecté
Ecran:
4/3
Langue(s):  VO anglaise et française en
Dolby Digital 2.0 Mono
Sous-titres: français

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