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Vendredi, 09 Juillet 2010 00:00
REC 2

de Jaume BALAGUERO, Paco PLAZA

 

SYNOPSIS
Les autorités viennent de perdre le contact avec les occupants de l'immeuble mis en quarantaine. Personne ne sait vraiment ce qui se passe à l'intérieur. Dehors, le chaos règne...La brigade d'intervention spéciale, équipée de plusieurs caméras et envoyée sur place pour analyser la situation, va devoir affronter une menace bien réelle....
POINT DE VUE

De la nécessité de tout enregistrer ?

La lente propagation
de l'épouvante ibérique

Effacé, depuis les années 1950, derrière la notoriété américaine et italienne du genre (Romero, Carpenter, Craven, Cronenberg d'un côté de l'Atlantique, Freda, Bava, Argento de l'autre), le cinéma fantastique espagnol est mal connu1. Seuls les noms de Buñuel (surtout en raison de ses débuts surréalistes et de ses titres mexicains) et de Jesus Franco (le pseudonyme porte déjà en lui toute la force d'un programme fantastique !) quittent les cercles d'initiés pour parcourir d'un frisson une plus grande audience. Tout autant capable du léger trouble que de la grande angoisse, apparaît au milieu des années 1990 un nuevo fantastico apprécié et exporté, qu'initient des cinéastes ayant à peine une trentaine d'années à l'époque. Les fers de lance du mouvement sont Alejandro Amenábar (Abre los ojos, 1997) et Alex de la Iglesia (El día de la bestia, 1995). Y participent aussi Juan Antonio Bayona (L'orphelinat, 2007), Jaume Balagueró (La secte sans nom, 1999, Darkness, 2002) et Paco Plaza (Les enfants d'Abraham, 2003). Le savoir-faire ibérique profite même des territoires hispanophones pour se diffuser (ainsi le Mexicain Guillermo Del Toro fait souvent appel à des acteurs et des techniciens espagnols ; L'échine du diable, réalisé en 2001, est entièrement produit par des studios espagnols).

Du cinéma bis de cinéma bis

Balagueró et Plaza, de leur propre aveu, font [Rec]2 suite à « l'enthousiasme déclenché » par [Rec] (2007). L'intention initiale n'était par conséquent pas de se lancer dans une série, encore moins de proposer un projet réfléchi et homogène qui aurait pu se développer sur plusieurs épisodes. Le scénario, dont la limpidité s'inscrit en parfaite opposition à l'obscurité filmée, est repris là où s'arrêtait [Rec] et la cohérence avec le premier film néanmoins respectée. L'action se déroule à Barcelone (dont on ne voit rien), dans le même immeuble placé En quarantaine (le titre est celui de l'appropriation américaine du premier volet, faite par John Erick Dowdle et rapidement sortie en 2008). 

Décortiquer la bête

[Rec]
est le résultat de la somme des principes suivants : un huis-clos, l'étrange mélange d'un prétexte médical (un virus transmis par le sang et la salive) et d'un autre religieux (la possession démoniaque)2 et le souci de véracité soutenu par le montage de ce qui n'est censé être qu'un corpus de documents originaux (point de départ du Blair witch project de Myrick et Sanchez, 1999). Issus de trois sources distinctes, les enregistrements vidéos sont réalisés avec des intentions différentes : l'Eglise associée à la force d'intervention locale (el Grupo Especial de Operaciones contractable en G.E.O.) fait un film afin de saisir le démon dans son environnement, la journaliste Angela Vidal (Manuela Velasco) cherche à informer tout en profitant de l'événement, les adolescents, eux, n'ont pour but avec leur caméscope que de créer du sensationnel. Aucun des protagonistes ne survit sauf le Mal et [Rec]2 ne sert aucun discours (notons juste la prégnance de l'Eglise catholique dans la culture espagnole servie par la figure du prêtre et une iconographie de décoration partout présente dans l'immeuble visité). Les personnages sont là pour multiplier les situations et l'on perçoit à travers eux l'envie des réalisateurs de ne pas répéter celles du premier épisode. Couloirs, conduits d'aération, mini caméras subjectives, lumière infra-rouge et croisement des points de vue (une fois dans l'immeuble, le film se découpe en trois parties : le G.E.O., les ados et l'arrivée d'Angela), voilà les procédés pensés pour la diversité...

L'horreur, qui n'est pas ici un leurre en vue d'une quelconque critique, est amenée par une tension dramatique plutôt soutenue. Le spectateur est dans l'attente et les fracas sonores, les brusques apparitions doivent, d'après les calculs des metteurs en scène, le faire sursauter. En cas d'inertie, les projections de sang et les zombies devraient susciter un peu de dégoût. S'il n'est pas amateur d'artifices, le spectateur s'ennuie...

Alien (Scott, 1979) et Aliens (Cameron, 1986) leur servant de références, Balagueró et Plaza ont voulu faire du choix de l'atmosphère ou de l'action la différence entre leurs deux produits. La synthèse médico-ésotérique (parasite visqueux glissant d'une bouche à l'autre et possessions dues à un « virus démoniaque ») témoigne du double trauma cinéphilique des années 1970, L'exorciste (Friedkin, 1973) et le huitième passager ayant nourri l'imaginaire de cette génération de réalisateurs. Enfin, la plastique appliquée (cadrages, photographie, angles de vue) est celle des jeux vidéos de type Alone in the dark et Doom like.
.
[Rec]2 est une petite chose certainement efficace pour un public bien ciblé. Il peut être une perte de temps pour d'autres ; une autre bêtise horrifique qui fait preuve de la technique acquise sur la péninsule ibérique...


Benjamin Fauré


notes
.1 Voir le dossier « Le cinéma fantastique espagnol (1960-1976) » de Philippe Chiffaut-Moliard sur le site Cine-studies.
2 La confusion médico-religieuse est accentuée par le personnage du prêtre médecin (Jonathan Mellor) qui est appelé « docteur » Owen et porte le col blanc.


































FICHE TECHNIQUE
  • LE FILM

    Réalisation & scénario: Jaume Balagueró, Paco Plaza
    Son:
    Oriol Tarragó
    Montage
    :
    David Gallart
    Maquillage
    :
    David Ambit, Santi Gijón, Juan Olmo, Paula Requena
    Production
    :
    Julio Fernandez, Carlos Fernandez, Alberto Marini, Teresa Gefaell, Oriol Maymo
    Avec
    :
    Manuela Velasco, Óscar Sánchez Zafra, Ariel Casas, Alejandro Casaseca, Pablo Rosso, Javier Botet, Claudia Font, Ferran Terraza, Jonathan Mellor
BONUS


NOTRE AVIS :
L'envers du décor est un petit documentaire qui propose une comparaison des décors du premier volet avec ceux du second et les contraintes amenées par cette suite évoluant dans le même espace. La visite de l'immeuble est guidée par Gemma Fauria, la directrice artistique. On s'étonne de ne pas voir ces minutes-là intégrées au Making of visible sur le deuxième DVD.

Plus long que le film, le Making of fait l'inventaire de tout ce qui a pu constituer le produit fini : la façon de travailler de l'équipe technique (avec croquis, maquettes et jouets afin de se représenter matériellement les scènes et leurs difficultés avant de tourner), les costumes, les trucages visuels et sonores, les accessoires, la direction d'acteurs, la post-production et, ce qui en général intéresse davantage les amateurs d'hémoglobine, les maquillages. Le film sur le film est formellement très complet mais aussi très classique (quoiqu'il nous épargne les habituelles auto-congratulations). Les discours de l'équipe entière illustrent donc les images du tournage et les nombreux extraits. Aux courageux ou très curieux qui souhaitent le voir, le Making of dispose du petit avantage d'être organisé et chapitré autour de plusieurs thèmes (extérieurs, personnages, effets spéciaux...).

Les scènes coupées et les prises non retenues sont sans intérêt et le choix de ne pas les sélectionner dans le montage final sans surprise. / B. F.


* L'envers du décor ( 8'45)


* Scènes coupées et prises non retenues
La poupée gonflable (2'29), L'attroupement (0'56), L'interview CNN (0'41), L'attaque de Martos (2'25), Le retour d'Alex (0'51)



* Making of (1'53'24)

* Sur le vif
La fabrication détaillée des séquences n°22, 23 et 47 : La chute du voisin (10 mn), Quel boucan dans l'appartement du haut ! (25 mn), Qu'est-il arrivé à Jennifer ? (18 mn)

LE DVD
DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs
Image & son:
Format: 16/9
Langue(s):
Espagnol (DTS, DD 2.0 Stereo), Français (DTS, DD 2.0 Stereo), Piste Audio-3D
Sous-titres: français
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